Mensuel de l'EPFCL-France

Billet de la rédaction

Chères lectrices et chers lecteurs du Mensuel,

Le moment où je vous écris et le moment où vous me lirez ne sont pas les mêmes. C’est la temporalité propre à toute lettre, bien différente de celle de la conversation. C’est pour cela sans doute que la langue latine possède ce qu’on appelle « le passé épistolaire ». Il est d’usage dans la Rome antique de s’adresser dans une lettre selon une énonciation qui prend comme point de repère non le moment d’écriture de la lettre (« Je t’écris… »), mais le moment de sa lecture par le destinataire. Il faudra donc mettre dans la lettre : « Je t’ai écrit… »

Au moment donc où vous lirez cet éditorial, le présent de mon écriture sera devenu passé et ce que je pourrais écrire au moment où m’incombe la dure tâche d’ouvrir ce numéro d’octobre sera peut-être totalement caduc. S’il est quelque chose que ces derniers mois nous ont appris, c’est l’impossibilité radicale de prévoir les événements, vérité de structure, mais dont la violence a été particulièrement extrême ces derniers temps. Le confinement nous est tombé dessus en quelques jours seulement. Car l’expression « ce qui nous tombe dessus », pour reprendre le titre de notre séminaire Champ lacanien de cette année, ne se conjugue pas au futur.

Ce numéro d’octobre est ainsi l’occasion de revenir sur nos travaux passés et d’apporter les dernières réflexions sur les deux thèmes qui ont nourri cette année et le séminaire École, et le séminaire Champ lacanien. La première partie de ce numéro vient clore notre séminaire École qui s’est penché au cours de l’année 2019-2020 sur le thème « Actualité de la névrose ». Vous y trouverez les quatre textes de la soirée consacrée au thème « Notre pratique de l’interprétation », le 28 mai 2020. Esther Morère- Diderot commence par mettre en lumière un des paradoxes de l’interprétation analytique, située entre poème et arme, « comme si l’acte d’interpréter demandait à la fois poésie et combat ». Jean-Michel Arzur à son tour fait émerger une autre facette de notre pratique de l’interprétation et montre comment Lacan déplace l’accent de l’interprétation des dits vers le dire. Pascale Leray chemine à travers le séminaire Encore pour nous montrer de quelle manière l’interprétation peut porter d’une façon opérante sur le réel hors sens, car, comme le souligne Lacan, « elle n’émerge de rien d’autre que de l’ex-sistence de lalangue ». Karim Barkati enfin cherche à cerner les spécificités de l’interprétation analytique en la confrontant à l’interprétation musicale et à l’interprétation en informatique au travers des méthodes formelles.

S’y ajoutent deux textes de la soirée du même séminaire qui s’est déroulée au mois de juin autour des noeuds borroméens ; son titre était « La clinique borroméenne de la névrose ». Michel Bousseyroux nous y parle, en un magnifique néologisme que n’aurait pas renié Lacan, de la « noeuvrose de transfert », tandis que Muriel Mosconi analyse les échanges de Lacan avec François Rouan et nous livre une « méditation sur les noeuds à quatre ».

Dans une deuxième partie de ce numéro, la jeune et passionnante rubrique « Entrée des artistes » allie photographie et poésie pour une magnifique collaboration qui donne à voir et à lire « le corps de la nature ». Corpus naturæ, tel est le nom de ce projet de création commune dû à Sabrina Ambre Biller et Véronique Vialade Marin.

Dans la troisième partie intitulée « Le champ lacanien », Marie-Noëlle Laville nous offre une contribution intitulée « Consistance de l’Autre », féconde réflexion enrichie de l’actualité autour du thème de « l’Autre », choisi en 2019-2020 comme thème du séminaire Champ lacanien animé par Sybille Guilhem et Marie-Noëlle Laville. Suspendu du fait de l’épidémie de la Covid-19, ce séminaire se poursuivra durant l’automne, si possible.

Notre numéro de ce mois-ci se clôt sur une brève contribution en lien avec l’actualité éditoriale : Kristèle Nonnet-Pavois nous offre une note de lecture sur l’ouvrage de Marie-José Latour autour du romancier Philippe Forest et de son oeuvre, paru récemment aux Éditions Nouvelles du Champ lacanien (Lire ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. Autour de l’oeuvre de Philippe Forest, articles et entretiens, 2020).

En attendant la reprise de nos deux séminaires annuels et en espérant que nous pourrons cette année les mener à terme viva voce, je vous souhaite une excellente lecture et un très bon mois d’octobre.

Laure Hermand-Schebat

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Sommaire

Billet de la rédaction

Séminaires École
« Actualité de la névrose »
Notre pratique de l’interprétation

La clinique borroméenne de la névrose

Entrée des artistes

Le champ lacanien

Brève

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